L'envoûtement des collines
Si
Valparaiso c'est d'abord le port et la baie. C'est aussi et surtout les
collines. La chaîne montagneuse de la cordillère de la côte forme une muraille
qui arrive jusqu'à la mer. Aucun port au monde ne possède autant de collines que
Valparaiso. De leur sommet on peut contempler l'infini, qui s'étend bien au delà
de l'horizon. Cette échine de centaure entoure le port, l'habille, le protège.
Les gorges qui séparaient les versants sont devenues des chemins qui n'en
finissent pas de monter. Là s'échouèrent les illusions des bateaux qui
cherchaient la route vers le Cap Horn. Là se réfugia le marin fatigué de
bourlinguer; le commerçant prospère y édifia sa maison, l'artiste illuminé se
vêtit d'étoiles et lança son poème à la mer dans une bouteille pour que le monde
entier fit sa connaissance. Et Valparaiso, fils prodigue, marin désenchanté,
accueilli ses hôtes avec le même sourire moqueur. Il les observa, les jaugea,
tendit son échine et laissa le pinceau le teinter aux couleurs de
l'arc-en-ciel.
Maisons en bois et maisons en brique voisinèrent. Toits
d'ardoise et toits de zinc se sourirent. Les étoiles s'installèrent à la cime
des arbres et scintillèrent jusqu'au delà de la mer.
Ses collines portent des
noms de baptême dictés par les métiers, par le devoir, par la vie quotidienne,
ou par les désirs et les rêves de tout un chacun. Ce sont des noms qui
rappellent la présence de femmes, qui ont des parfums de fleurs d'antan. Des
noms qui portent redingote et montre de gousset. De noms qui résonnent de
l'immense tumulte des évènements survenus. Qui donna tous ces noms à ces
collines qui regardent vers la mer? Il y a cinquante neuf collines et donc
cinquante neuf noms. Il faudrait une vie entière pour les explorer et remonter
au premier souvenir. Ce souvenir que la première calligraphie imprima pour les
laisser gravés à jamais dans l'âme des habitants de Valparaiso.
Cerro
Los Placeres (Colline Les Plaisirs): Qui nomma ainsi cette colline qui
sépare Valparaiso de Viña del Mar? Probablement quelqu'un qui apprécia ce lieu.
Les mauvaises langues racontent que ce fut à cause de tous les Plaisirs que les
marins trouvaient là lorsqu'ils débarquaeint.
Cerro Esperanza
(Colline Espérance) : Nom d'une femme ou expression d'un sentiment? Les
deux à la fois, sans aucun doute.
Cerro Barón (Colline
Baron): Une forteresse appelée le Baron se dressait sur sa cime autrefois.
C'était à l'époque de la conquête, quand il fallait protéger les armes, les
chevaux et les hommes de la colère des indiens de l'endroit. [pour la petite
histoire, il a servi de cadre à mon premier conte, avec lequel j'ai gagné le
fameux concours, j'ai fait évoluer mes personnages dans la rue où j'habitais,
puis nous descendions dans les gorges pour aller jouer dans un terrain vague où
de temps en temps, des garçons de notre âge venaient jouer au cerf-volant, mais
je vous raconterai ça une autre fois. Par la suite j'ai écrit une histoire
nommée "Castro 514" (Rue Castro 514), c'était le nom de ma rue]
(L'un des 14 ascenseurs)
(Une ruelle en haut d'une colline)
Je continue dans ma lancée, je
mettrai d'autres photos plus bas
Cerro Larraín
(Colline Larrain) : Elle doit son nom à l'un de ses premiers
propriétaires qui, comme le patronyme l'indique, était d'origine
basque.
Cerro Alegre (Colline Joyeuse) : Ce fut l'une des
premières peuplées par les anglais. Les commerçants prospères y édifièrent leurs
maisons y aménagèrent leurs domaines et leurs jardins. Il reste encore des
vestiges des belles maisons de l'époque coloniale.
Cerro mariposa
(Colline papillon): Les fleurs sauvages qui y poussaient et l'éternel
printemps du port permettaient la présence continuelle de papillons sur son
sommet et dans ses vallées.
Cerro Polanco (Colline Polanco)
:Une famille Polanco fut propriétaire de ces terrains jusqu'au milieu du
dixhuitieme siècle.
Cerro del Hospital (Colline de
l'hôpital) : Sur cette colline fut construit le premier hôpital de Valparaiso,
grâce aux jésuites. Les jésuites en furent expropriés en 1772. (Pour la
petite histoire, ma grand-mère y habita une maison au début de son mariage, mon
père était une gamin âgé d'un an et la soeur aînée de mon grand père vint leur
rendre visite, ma grand mère a dû s'absenter et laissa mon père avec sa tante, à
son retour celle-ci lui raconta qu'elle cherchait mon père qui s'était caché
sous le lit, la bougie à la main, l'une des chambres aménagées pour recevoir la
famille de temps en temps, était un vrai bunker, et la bougie s'était éteinte
parce que quelqu'un lui avait soufflé dessus, elle appela vainement "carlitos,
carlitos", (mon père s'appelait Carlos) et le vit rentrer à quatre pattes par la
porte. "Ton grand-père condamna cette chambre et plus jamais nous ne mîmes les
pieds!" Mais, ma grand mère racontait tellement des
histoires...
Cerro de la Mesilla (Colline de la Mesilla : Ce
fut l'un des premiers endroits où les équipages qui débarquaient des cargos en
provenance d'Europe, accouraient pour étancher leur soif de vin et d'amour. On
ouvrit une gargote qui s'appela "Mesilla", du nom de son propriétaire
probablement.
Cerro de la Rinconada (Colline du coin perdu):
L'endroit habité le plus escarpé et le plus reculé vers 1700, mais de nos jours
des lieux plus élevés le sont.
Cerro de la lobería (Colline
du repaire des loups) : Qui accueillit de préférence les "chasseurs de loups de
mers", équipages des baleiniers, connue pour ses maisons où l'on cultivait
"l'art d'aimer".
Cerro de las Jarcias (Colline des
Agrès):Les habitants de cette colline se consacraient à la pêche. Elle doit son
nom à tous les attirails de pêche que l'on pouvait voir dans les cours et
jardins.
Cerro de las Alfareras (Colline des Potières):
Comme son nom l'indique, quelques femmes y habitaient qui se consacraient à
l'art de la poterie (presque toutes appartenant à l'ethnie des "picunches")
Cerro de los chaparros (Colline des chaparros): Le chaparro
est une espèce de chêne.
Cerro de la calahuala (Colline de
la fougère du Pérou): Il doit son nom à l'herbe médicinale dont la médecine
populaire s'en sert pour soigner les tumeurs. (Il touche, par une rue qui monte
très haut, la colline du Baron, où j'habitais, et cette montée, quand la nuit
tombait devenait un vrai territoire coupe-gorge. Je me rappele l'avoir parcourue
en courant avec un copain qui m'accompagnait de retour d'une fête "malón" ( dans
notre langage d'étudiants), il avait pris la précaution de siffler 5 fois et
cinq sifflements lui avaient répondu, parce qu'il connaissait les "cogoteros" et
ils nous laissaient passer sans nous toucher Vrai de
Vrai!)
Cerro del litre (Colline du térébinthe): A
cause des arbres typiques qui y croissaient. Le térébinthe est un arbre de la
famille des anacardiacées dont les feuilles sont
vénéneuses.
Cerro del Molino (Colline du Moulin): Comme
le dit son nom, il y avait un moulin à vent.
Cerro del Almendral
(Colline de l'Amandaie): Son premier propriétaire y planta des
amandiers. C'est l'une des premières collines habitées de Valparaiso. Son
propriétaire s'appelait Martín García et il reçut ces terres en donation pour
les services accomplis auprès de Pedro de Valdivia vers 1550. La partie basse de
cette colline, plantée aussi d'amandiers, fut appelée "El Almendral"(L'Amandie)
et c'est l'un des quartiers les plus anciens de Valparaiso.
Cerro de
los Pequenes (Colline des Pequenes): Le "pequén" est le nom chilien du
corbeau.
Cerro de los Chercanes (Colline des Chercanes):
Chercán es le nom d'un petit oiseau typique du Chili. On l'appelle ainsi à cause
de son cri: chercán-chercán-chercán...
Cerro de Acevedo
(Colline d'Acevedo): Les Acevedo furent une vieille famille qui posséda
des terres par là-bas.
Cerro del Pajonal (Colline des
Chaumes): Colline où abondait l'icho ou chaume, espèce de grosse paille haute
des jachères.
Cerro la Cárcel (Colline de la Prison): Comme
son nom l'indique, on y construisit la prison. Dans un premier temps on l'appela
Colline du Bagne.
Cerro de las Zorras (Colline des renards):
On raconte que ces petits animaux y abondaient. On raconte aussi qu'abondaient
également les femmes de mauvaise vie (zorra: grue, prostituée).
Cerro
de doña Elvira (Colline de Doña Elvira): Un dame de haute lignée y fit
construire une demeure dont il ne reste rien aujourd'hui.
Cerro de
San Esteban (Colline de Saint-Etienne): A cause de la chapelle édifiée
là en l'honneur de ce saint.