Gabriela Mistral, la poète de la maternité et de l’Amour Universel.

 

Gabriela Mistral, de son vrai nom, Lucila Godoy Alcayaga, naquit à Vicuña, petite ville du nord Chili, dans le secteur de Montegrande, près de La Serena, le 17 avril 1889. La maison de la rue Maipu N° 759, où elle vit le jour, est maintenant une maison musée. Son père était instituteur, et il quitta définitivement son foyer lorsqu’elle n’avait que 3 ans. Cette absence du père fera certainement de la petite Lucila, quelqu’un en éternelle recherche de l’autre. Un homme qui, par sa présence, pourrait rééquilibrer ce foyer composé uniquement de femmes, dont sa mère et sa demi soeur issue d'un premier mariage. Néanmoins elle connut une enfance bercée par les louanges que l’on faisait de ce père absent, et par le respect, malgré tout, qu’il inspirait aux gens de la Vallée de l’Elqui, lieu où se situe la petite ville de Vicuña. Etre instituteur et pouvoir improviser des vers en s’accompagnant de sa guitare, était suffisant pour mériter la gloire et se loger tout au fond des coeurs de ces gens pauvres et simples.

Mais chez Lucila aussi on vivait pauvrement. Elle connut une enfance marquée par le manque d’argent, la seule ressource du foyer n’étant que le petit salaire d ‘institutrice de sa demi-soeur.

Elle gardera toute sa vie ce sens de l’économie, cette compréhension des miséreux et des affamés, ce manque d’attirance vers les choses considérées « futiles » ou « élégantes et chères ». Attitudes qui lui valurent les louanges et la sympathie des gens qui se reconnaissaient en elle : « Une chilienne simple, d’un petit coin de campagne ».

A la maison elle apprit, instruite par sa soeur institutrice, tout ce qu'un enfant doit apprendre normalement à l’école. Car, un fait incroyable, produit de la bêtise ou de l’ignorance, la marqua profondément (voir  dans son « Autobiographie »). En effet, l’institutrice de l’école primaire de Vicuña, l’ayant accusée d’avoir volé du papier à écrire, elle est expulsée de l’école à l’âge de 9 ans.

A l’âge de 14 ans, elle doit aussi aider économiquement sa mère, qui était une femme de santé fragile. Ainsi, elle est placée comme aide institutrice dans une petite école près de Coquimbo, nommée « La Compañía », puis poursuit cette activité dans d’autres villages qui avaient besoin d’aide. Là elle est en contact direct avec les paysans pauvres et sans aucune instruction. Elle racontera dans son « Autobiographie » :

« . Des trois villages où j'ai vécu, La Cantera est celui où j'ai eu le plus de compagnie. J'avais une bonne servante qui s'occupait de moi, de celles très chères et aimantes, quand elles ont du sang indien. De plus j'avais les enfants, les hommes et les vieillards de l'école de nuit -très peu d'assistance scolaire de jour parce que ces pauvres gens travaillaient. 
"Ils commencèrent à m'aider dans la vie quotidienne. Chacun à son tour m'amenait un cheval tous les dimanches, pour que je puisse me promener avec l'un d'entre eux qui m'accompagnait. Ils me portaient une sorte de "paye scolaire", des patates douces, des concombres, des melons, des pommes de terre, etc. Je les aidais à égrener le maïs et leur racontais des contes russes et j'écoutais ceux qu'ils me racontaient à leur tour. Cela fut, peut-être, le plus chaleureux  contact que j'eus avec les paysans, après ceux de la Vallée d'Elqui.. »

La jeune institutrice laissera le souvenir d’une grande jeune fille, un peu timide, avec des magnifiques yeux verts et des mains blanches, longues et fines, « comme celle des lys ».

Elle continue à écrire et publie dans les périodiques de son village : « La voz de Elqui » et « La Reforma ».

1908- Elle figure pour la première fois dans une anthologie dédiée à « La Littérature de Coquimbo » (de L. Carlos Soto Ayala) où elle figure avec trois morceaux de prose poétique.

1909 – deuxième choc psychologique (voir son « Autobiographie »), son fiancé Romelio Ureta, se suicide.

Elle rentre comme surveillante d’études au lycée de jeunes filles de La Serena.

1910 – Elle passe l’examen d’entrée à l’Ecole Normale de Santiago, où elle sanctionnera ses années de pratique pédagogique passées depuis l’âge de 15 ans et est nommée institutrice à l’école primaire de Barrancas.

Elle gravit les échelons dans la carrière d’enseignante : Professeur au lycée d’Antofagasta, professeur de langue espagnole au lycée de jeunes filles de Los Andes ; directrice de lycée de jeunes filles de Temuco, avant de commencer une carrière dans la diplomatie, représentant le Chili à travers le monde.

Mais ce chemin parcouru est précédé des événements suivants :

1914 – C’est une année phare pour Lucila Godoy Alcayaga : sous le pseudonyme de Gabriela Mistral, elle est Premier Prix dans les Jeux Floraux de Poésie de Santiago, avec « Los Sonetos de la muerte » (Les Sonnets de la mort).

Son pseudonyme lui a été dicté en accouplant un nom et un prénom des deux de ses auteurs préférés : Grabriel d’Anunzio l’italien, et Frédéric Mistral, l’auteur franco-provençal. La légende qui entoure cette remise de Prix raconte que n’ayant pas des vêtements appropriés pour aller recevoir ce Prix, elle assista à la nomination depuis le poulailler du théâtre, perdue au milieu de la foule. Des lors, Lucila Godoy Alcayaga ne deviendra que l’ombre lointaine de Gabriela Mistral.

 Il serait très long d’énumérer ici le parcours de Gabriela Mistral, aussi, nous vous présentons un résumé de sa vie tourmentée, de ses succès, joies et peines, puis des brefs extraits de quelques uns de ses poèmes qui illustrent ce parcours exceptionnel

Elle raconte très bien dans son « Autobiographie » l’énorme poids des deux chocs psychologiques (cités plus haut) qu’elle a subis. Ces chocs dont, au fond, elle ne s’est jamais remise. La première humiliation, injuste, où paralysée d’épouvante dont elle ne s’est pas défendue. « Muette, incapable de me mettre debout… » racontera-t-elle. Et elle a eu beaucoup de mal à pardonner. Elle restera longtemps marquée par le « sceau de l’infamie ».Cette accusation la poursuivra jusqu’à son adolescence, et au moment de sa rentrée à l’Annexe de l’Ecole Normale de Santiago, une ex-condisciple se chargera bien de ternir sa réputation auprès des professeurs et élèves.

Le deuxième choc, sera la mort de ce fiancé qu’elle finira par magnifier dans son souvenir. Ce choc émotionnel, marqué par la désillusion amoureuse la plus terrible, qu’elle n’eut de cesse de rassasier, lui inspirera les magnifiques vers qui la feront remporter le Premier Prix des Jeux Floraux, avec

« Les Sonnets de la Mort »

« De la niche glacée où t’ont muré les hommes

Je te mettrai dans l’humble terre ensoleillée.

Les hommes n’ont pas su que je dois y dormir,

Que nous devons rêver sur le même oreiller »

(Traduc. Claude Couffon. Ed Orphée.. La Différence.)

Puis, les chants d’amour et de douleur. Une douleur infinie qui semble ne jamais disparaître, sont présents dans toute la première partie de son œuvre, et jusqu’à sa « maturité d’écrivain » où elle chantera la terre, les enfants, l’amour filial.

 « Honte »

Me regardes-tu et je deviens belle

Comme l’herbe que couvre la rosée,

Et les grands roseaux, près de la rivière,

Ne reconnaîtront mon air triomphant

 

« Poème de l’enfant »

Un enfant, un enfant, un enfant ! J’ai voulu un enfant de toi

Et moi, en ce temps-là, en ces jours de l’extase ardente

Où mes os eux-mêmes tremblaient sous ton roucoulement

Et un immense éclat grandissait sur mes tempes.

 

« L’inutile attente »

J’avais oublié que ton pied était devenu cendres

Et comme dans les temps anciens

Je suis sortie pour attendre.

 

« Le vase d’argile »

Je rêve avec un vase d’argile humble et simple

Qui garderait tes cendres tout près de mon regard

Le côté de ce vase serait une de mes joues

Et ton âme et mon âme pourraient dormir en paix.

 

Sa sensibilité exacerbée ne fut pas épargnée non plus par « le regard des autres ». Contrairement aux poètes argentines Delmira Agostini et Alfonsina Storni, ou même à l’uruguayenne Juana d’Ibarbourou, qui ont chanté l’amour sensuel et par là même leurs revendication des femmes, elle se retrouve longtemps isolée, rejetée, enfermée dans son silence et sa timidité.

Le Chili est, avant tout, une terre de pionniers. Tous ceux qui y vivent ou ont grandi sur cette terre-là, savent que soit au nord, au sud ou au centre, le Chili a reçu des courants d’émigrations venant d’Europe occidentale, ou de l’Europe tout court, construisant au sein même de la société chilienne, « une caste », où les étrangers arrivant pour s’y installer et vivre dominèrent rapidement le reste de la société métisse.

Dans  son «Autobiographie», G. Mistral nous montre deux exemples frappants et impensables ici en Europe.

La directrice du lycée, où elle travailla à La Serena, lorsqu’elle n’avait que 17 ans, était une allemande « de race supérieure » selon ses propres dires,  car « les chiliens sont de race inférieure » (Hitler était déjà né et grandissait tranquillement dans son village autrichien) ; et la directrice de l’école Normale de La Serena, qui lui avait refusé l’entrée en « l’éliminant d’office », était une nord américaine qui ne parlait pas l’espagnol. Toutes deux étaient pourtant des fonctionnaires de l’Etat chilien, car elles travaillaient au sein même de l’Education Nationale chilienne. Cas impossible à imaginer pour un français, ni même pour un européen actuel, que cette répartition des charges au sein d’un petit et lointain pays.La directrice de l’Ecole Normale de La Serena l’avait éliminée d’office, car l’aumônier et professeur au sein de l’institution, avait demandé cette éviction à cause des écrits « païens » de la candidate, écrits qui pouvaient avoir une mauvaise influence chez les élèves.

Les forces vives de la nation étaient écrasées par des interventions extérieures. Heureusement, ceci ne dura que jusqu’à l’avènement de Don Pedro Aguirre Cerda, le premier gouvernement d’Unité Populaire à arriver au pouvoir.

1917 – 55 poèmes lui appartenant figurent dans les livres de lecture, édités en cinq volumes différents, par Manuel Guzmán Maturana, chargé de fixer les règles grammaticales, ainsi que le contenu des écrits à enseigner aux élèves des écoles.

1918 – Don Pedro Aguirre Cerda la nomme Professeur de langue espagnole et directrice au lycée de Punta Arenas.

1920 – G. Mistral est nommée avec les mêmes charges au lycée de Temuco

1921 – Création du lycée N°6 de Santiago, la poète en est sa première directrice.

1922 – Premier voyage hors du pays. Elle est sollicitée par le gouvernement mexicain, qui devait mettre en place tout un système scolaire pour les paysans et les écoles d’alphabétisation, ainsi que pour le reste du Mexique. La dictature de Porfirio avait pris fin, c’était presque la fin de ce qu’on a nommé « la révolution mexicaine ». Obregón, le nouveau président avait désigné le poète José Vasconcelos pour organiser les programmes scolaires. Palma Guillen de Nicolau faisait partie du comité d’accueil qui allèrent chercher G. Mistral, et elle raconte :

« Diego (Rivera) était en train de peindre ses magnifiques fresques du premier patio du Secrétariat de l’enseignement. On peignait, on faisait de la musique et de la poésie, on lisait, on dansait. On faisait tout ce qu’on n’avait pas pu faire pendant 12 années de guerres et de dictature(…) Gabriela Mistral descendit du bateau, elle arrivait de son lointain pays, nous sommes allés en comité de réception. Elle me donna l’impression d’être une fille un peu imbue d’elle même. Elle était mal fagotée, avec ses jupes trop larges, ses chaussures à talon plat et ses cheveux ramassés dans un chignon bas. Je me rappelle ses yeux craintifs (elle avait des magnifiques yeux verts). Ses yeux, presque toujours cachés sous ses paupières tombantes, avaient deux façons de regarder : un regard rapide comme celui d’un éclair, où il pouvait y avoir de l’enchantement, la surprise ou la colère, ou bien la crainte, ou alors un regard serein, soutenu, semblable à une eau claire, avec beaucoup de lumière, de la compréhension, du repos ; mais la plupart du temps ses yeux étaient tels deux oiseaux craintifs (…). Pendant les deux années passées à ses côtés j’ai connu une Gabriela gaie, sa façon un peu paysanne de rire, le don qu’elle avait pour raconter des blagues, faire des imitations et des caricatures, sa grâce un peu maladroite  qui me faisait rire. La Gabriela qui débarqua au Mexique en 1922, était la même qui, à Punta Arenas lors d’une nuit de vent furieux et de tempête avait écrit« Le poème de l’enfant »

Cette même année 1922, le professeur Federico de Onís, de l’Université de Columbia à New York, choisit la poésie de Gabriela Mistral pour faire une conférence, devant un parterre de professeurs d’espagnol. A la fin de cette conférence ceux-ci manifestèrent le souhait de connaître davantage l'oeuvre de l'auteur et, oh surprise! ils apprennent qu’elle n’a jamais été éditée, que ses créations se trouvent éparpillées dans des anthologies ou dans des journaux et revues du Chili ou d’autres pays d’Amérique Latine. On décide de l’éditer d’où il en sort « Désolation », une compilation de soixante trois poèmes, avec une thématique rigoureuse : La vie, L’Ecole, Rondes infantiles, La Douleur et La Nature.

1923 – Le Mexique publie « Lecture pour femmes », livre produit du travail que Gabriela mena avec l’équipe pédagogique de Vasconcelos. On y trouve dans ce livre une anthologie des textes divers et des auteurs tant étrangers que sud–américains. Tous ces textes sont divisés en thèmes : Le Foyer (La maison et la famille), La Maternité (des berceuses et des petits contes) ; L’Histoire de l’Amérique Latine, en commençant par l’histoire du Mexique ; La Littérature et les Arts ; La spiritualité… etc.

1924 – Premier voyage en Europe. En Espagne elle publie « Ternura » (Tendresse ). Elle visite l‘Espagne, l’Italie, La France, et les Etats Unis.

1925 – Elle revient en Amérique du Sud, où elle est reçue avec les honneurs au Brésil, l’Uruguay et l’Argentine. Elle reste quelques mois au Chili, où elle est mise à la retraite de l’Enseignement secondaire par le gouvernement chilien.

1926 – G. Mistral est nommée secrétaire d’une des sections du continent américain aux Nations Unies. Elle visite en passant, l’Argentine et l’Uruguay, elle part à Genève occuper son poste de Secrétaire de l’Institut de Coopération Intellectuelle de la Société des Nations.

1927 – Elle représente le Chili dans le Congrès des professeurs et des éducateurs, dans la ville de Locarno, en Suisse.

1928 –Représente le Chili et l’Equateur au Congrès de la Fédération Internationale Universitaire de Madrid, et elle est en même temps nommée pour faire partie du Conseil Administratif de l’Institut de Cinématographie d’Education, à Rome.

1930 – Elle donne des cours  et des conférences sur l’enseignement secondaire, invitée par le gouvernement des Etats Unis.

1931 – Visite l’Amérique Centrale et les Antilles ; donne des cours de littérature hispano-américaine à l’Université de Porto Rico et dicte des Conférences à La Havane et à Panama.

1932 – Début de sa charge consulaire. La poète est nommée à Gêne mais elle ne peut pas exercer ses fonctions, car elle s’oppose au régime fasciste.

1933 – Elle est envoyée à Madrid, pour occuper le poste laissé vacant par un autre écrivain chilien, Don Victor Domingo Silva. Mais le poste de Consul Général est déjà octroyé à Pablo Neruda. Elle réside quelque temps à Madrid. A ce sujet on raconte la « rencontre » de ces deux Prix Nobel : «  Deux consuls, rien de plus ! et tous les deux poètes, coïncident en temps et en espace. Ils ne s’entendaient pas trop bien. Des abîmes les séparaient, mais ils restaient tous deux au sommet de leur art.  Ils ne fréquentaient pas les mêmes amis, sauf à  quelques exceptions près. Cependant quel autre pays pouvait compter, comme le Chili à cette époque-là, avec deux personnalités de la force de Gabriela et de Pablo ? (écrit Carmen Conde)

 Ensuite elle prend le même poste à Lisbonne..

1934 – Publication de Nubes Blancas (Nuages blancs) et Description brève du Chili.

1938 – Dans un des ses voyages en Amérique du Sud et en passant par l’Argentine elle publie « Tala », dans la maison d’Edition dirigée par Victoria Ocampo (amie personnelle de Borges).

1941 – Est nommée Consul Général du Chili au Brésil. Elle réside à Petrópolis, bel endroit situé dans la montagne et près de la capitale.

1943 – Après une agonie douloureuse, meurt son neveu de 17 ans, Juan Miguel (surnommé Yin-Yin) qu’elle avait adopté et aimait comme son propre enfant.

1945 – Elle apprend qu’elle a obtenu le Prix Nobel de Littérature. Elle a 56 ans. Elle s’embarque pour Stockholm, dans le bateau suédois nommé « Equateur », pour aller recevoir le Prix des mains du roi Gustave Adolphe de Suède. (voir vidéo).

Cette même année, est nommée Consul Général du Chili à Los Angeles. E.U, et ensuite à Santa Barbara (Californie), où elle achètera une maison avec l’argent du Prix Nobel.

1947 – Elle est Docteur Honoris Causa du Mills College, à Oakland, Californie.

1948 – Nommée Consul à Veracruz, Mexique.

1950 – Elle obtient le Prix Serra des Amériques, octroyé à Washington par The Academy of American Fransciscan History. Elle est nommée en même temps Consul du Chili à Gênes.

1951 – Avec beaucoup de retard (habitude très chilienne) le Chili lui concède le Prix National de Littérature

1953 – Est nommée Consul du Chili à New York. Elle représente le Chili à l’Assemblée des Nations Unies.

1954 – Elle voyage au Chili, « Lagar » est édité à Santiago. Elle retourne aux Etats Unis.

1957 – Après une longue et douloureuse maladie, Gabriela Mistral s’éteint le 10 janvier, à 4h 10 du matin à l’Hôpital Général de Hempstead à New York. Le peuple chilien lui rend hommage avec trois jours de deuil national. Ses funérailles ont lieu le 21 janvier, avec les honneurs de tout le continent américain.

Par testament elle lègue  tous les droits de ses oeuvres publiées en Amérique du sud, aux enfants pauvres de Montegrande, territoire où se trouve la ville de Vicuña, sa ville natale.

1967 – Dix ans après sa mort, (encore ?) La Maison chilienne d’Edition, Pomaire, publie « Poema de Chile » (Poème du Chili).

2005 – Le 1è octobre, soixante ans après l’obtention de son Prix Nobel, on rapatrie les restes de Yin-Yin, du Brésil, pour les placer à côté du tombeau de Gabriela à Montegrande.

On a beaucoup dit sur le caractère de Gabriela Mistral. Il est vrai que, tel que je vous l’ai décrit au début de cet article, ses débuts n’ont pas du tout été couleur des roses, bien au contraire. Et tout ce qu’on a pu écrire et, par là, la dénigrer, sur son « sale caractère », sur « ses rancunes tenaces » ont certainement une seule explication. Elle a protégé sa sensibilité par une cuirasse que d’aucuns ont du mal à admettre ou à comprendre.

Lorsque dans son « Autobiographie » elle décrit ce moment d’intense émotion subi dans son enfance, à seulement 9 ans, et où on l’accuse de « voleuse », on lui lance des pierres, on la jette de l’école, l’affublant de « débile mentale » en conseillant sa mère de la former pour les tâches domestiques « seule chose à quoi elle pourrait servir », on sent cette grande blessure laquelle même à l’âge adulte, saignait encore. Elle écrit notamment : « lors d’une de mes visites officielles à Vicuña, la maîtresse d’école de mon enfance a manifesté plusieurs fois, le désir de me revoir, une fois elle envoie une de mes ex-condisciples, qui lui tenait compagnie, pour me demander d’aller la voir, j’ai posé la question à mon coeur, et mon coeur n'avait pas encore pardonné" ainsi que les conséquences qui la poursuivent tout au long de sa jeunesse lorsqu’elle voudra sanctionner son expérience par un diplôme « légal » obtenu au sein d’une Ecole Normale. « une fois admise dans l’Institution de l’Ecole Normale à Santiago, je retrouve l’une de mes ex-condisciples du temps de Vicuña, elle s’est chargée de « conseiller » la directrice de l’époque, de mettre tout ce qui avait de la valeur, sous clé, car j’avais « un vice », « je volais »

Pablo Neruda, dans son livre « Para nacer he nacido » (Je suis né pour naître) raconte son expérience vécue face à l’intransigeance de Gabriela.

« Madame Mistral était directrice du lycée de Temuco, moi, jeune poète débutant je lui porte quelques uns de mes vers à lire, elle me reçoit très gentiment, me conseille et me prête quantité de livres pour étayer un peu plus ma culture livresque. A Temuco on murmurait beaucoup sur son compte, lorsqu’elle avait adopté son neveu orphelin, quelqu’un avait lancé la nouvelle qu’elle avait voulu donner une existence « légale » à son propre fils. Or, elle n’était pas du genre à badiner avec ces choses-là. Une fois devenue célèbre et fêtée par le monde entier, dans une de ses tournées à travers le pays, Temuco s’apprête à la recevoir avec les honneurs, mais son train ne s’est pas arrêté dans cette gare. Les enfants des écoles qui avaient préparé des guirlandes de fleurs pour la recevoir, en furent profondément déçus. Non, elle n’avait pas pardonné « les rumeurs » sur son compte »

Casa _Gabriela_Maipu_751.jpg (20458 octets)   Maison de la rue Maipu à Vicuña.                                              Don GeronimoGodoy.jpg (27669 octets) Don Geronimo Godoy

Petronila Alcayaga.jpg (20239 octets)Doña Petronila Alcayaga

 par Diomenia Carvajal

                                                                      

Autobiographie

Correction de langue française : Gérard Beaude